À Ouagadougou, la plupart des équipements publics se concentrent au centre-ville, tandis que la périphérie s'étend à grande vitesse entraînant des trajets interminables, embouteillages quotidiens et une forte pollution.
Pour rééquilibrer la ville, la municipalité lance un vaste programme urbain d'équipements socio-collectifs. Mais la population redoute des infrastructures mal adaptées à ses besoins réels.
C'est dans ce contexte qu'est née la pépinière urbaine : un dispositif collaboratif pour expérimenter, tester et construire ensemble des espaces publics durables et inclusifs.
Ce webdocumentaire en retrace l'aventure collective.
En 2016, la ville lance le Programme de développement durable de Ouagadougou (PDDO) avec l'appui de l'Agence Française de Développement (AFD) destiné à renforcer des centralités périphériques par de nouvelles infrastructures : écoles, santé, transports, sport et culture.
La deuxième phase débute en 2019 dans les arrondissements 3 et 5. Mais l'impatience a grandi… et, avec elle, le doute.
Chef de service maîtrise d'œuvre sociale à la Direction de Suivi Environnemental et Social de l'AMGT
La plupart des grands projets d'équipements qui sont réalisés dans la ville ne répondent pas aux besoins réels de la population, qui les délaisse.
Cet exemple est révélateur : la gare routière de Ouagarinter, réhabilitée par la commune, est restée vide plus d'un an, car jugée inadaptée faute d'un accord trouvé entre transporteurs, taximens et Mairie sur sa gestion avant sa construction.
La Mairie comprend alors qu'elle doit changer de méthode : renforcer le dialogue avec les habitants et obtenir des résultats visibles rapidement.
L'AFD propose alors à la Mairie une démarche expérimentale inspirée de l'urbanisme transitoire.
Chargée de projet à l'AFD Burkina
L'objectif est d'aller plus loin dans la concertation avec les habitants… et de pouvoir tester des aménagements sur le terrain avec les habitants pour affiner la programmation finale des équipements du PDDO2, notamment sur les équipements sportifs et culturels.
Cette démarche, expérimentée en parallèle en Tunisie, baptisée « pépinière urbaine » est confiée à l'ONG Gret, forte de son expérience en développement urbain participatif et à Humanité & Inclusion (HI).
Le maire, Armand Béouindé, soutient l'initiative, mais les services techniques municipaux craignent des retards car la démarche est introduite après le démarrage du PDDO2. « Le but n'était pas de tout bouleverser, mais d'améliorer ce qui existait », précise Emmanuelle Schatz. L'idée est de compléter les études longues et techniques par des expérimentations rapides, adaptée aux besoins immédiats des habitants. Pour la municipalité, c'est aussi un moyen de préserver le foncier public d'occupations informelles durant ce temps d'étude.
Entre espoirs de participation, craintes politiques d'instrumentalisation locale, et contraintes apportées par le PDDO2, la pépinière doit convaincre… en montrant rapidement des résultats concrets.
L'AFD réunit services municipaux, Gret, HI, mais aussi artistes et associations pour imaginer collectivement la pépinière.
Gret
Il fallait créer quelque chose de nouveau, inventer ensemble avec tous les acteurs. L'atelier poussait les participants à se mettre à la place des habitants des quartiers, c'était une démarche rare.
Quelles conséquences du projet sur le quotidien ? Comment impliquer les habitants ? Quels freins lever pour une participation réelle ? Ces questions ouvrent un dialogue inédit entre institutions et société civile. « On parlait le même langage que l'AMGT », se souvient-elle.
À l'issue de l'atelier, sept sites du PDDO2 sont concernés : à Tampouy (arr. 3), deux terrains de sport et une médiathèque ; à Dassasgho (l'arr. 5), un espace culturel, deux terrains de sport et un terrain longeant le canal et le parc de Bangr Weogo.
Site sportif de Tampouy Camps CRS
Site sportif de Tampouy CD
Site sportif du lycée de la jeunesse
Site culturel de la médiathèque de Tampouy
Site du parcours sportif de Tampouy
Site sportif de Wayalghin
Site culturel de Dassasgho
Introduction à la pépinière urbaine
Capitale du Burkina Faso, Ouagadougou comptait environ 2,4 millions d'habitants en 2019. Son expansion rapide forme une métropole de huit communes dans un rayon de 25 km. Les fonctions urbaines restent concentrées au centre, tandis que les périphéries, majoritairement résidentielles et peu équipées, s'étendent toujours plus loin. Cela entraîne d'intenses déplacements pendulaires, générant embouteillages, pollutions et accidents.
Lancé en 2016, le Programme de Développement durable de Ouagadougou (PDDO) s'inscrit dans le Schéma directeur de la ville et son Plan d'occupation des Sols. Il vise à rééquilibrer le développement du territoire de la capitale en renforçant des pôles urbains périphériques. Le PDDO est financé par un prêt de l'AFD à l'État Burkinabè et mis en œuvre par l'Agence municipale des Grands Travaux (AMGT). Sa deuxième phase, dotée de 80 millions d'euros, a débuté en 2019.
Les 3 quartiers visés par le PDDO2 sont Tampouy (environ 650 000 habitants), Grand Est (environ 450 000 habitants) et Katre Yaar (environ 200 000 habitants) dans les arrondissements 3 et 5 de Ouagadougou où il est prévu de construire ou réhabiliter : écoles et lycées, centres de formations, centres médicaux, marchés, gares, assainissement et réseau de drainage, voiries, gares, espaces verts, centres sportifs ou culturels.
La pépinière interviendra dans les quartiers de Tampouy et du Grand Est spécifiquement sur les sites des futures équipements sportifs et culturels du PDDO2.
L'approche des pépinières urbaines est initialement testée avec l'appui de l'AFD en Tunisie. La métaphore horticole fait référence à un jardin où les acteurs impliqués cultivent une autre façon de faire la ville plus inclusive et plus participative qu'ils espèrent voir pousser durablement et essaimer.
Les projets de pépinières urbaines sont intégrés aux grands projets urbains financés par l'AFD (idéalement au moment de la phase de faisabilité) pour améliorer la concertation entre acteurs de l'urbain, rendre les projets plus pertinents pour les habitants et combler les temps longs entre la formulation des projets urbains et leur mise en œuvre.
À Ouagadougou, la pépinière urbaine est intervenue en amont et pendant les travaux d'aménagement du PDDO2. Elle s'est déroulée sur 3 phases de 2018 à 2024, avec un financement total de 1,7 M€.
La mise en œuvre du projet est d'abord confiée au groupement Gret-Humanité et Inclusion en phase 1 (2018-2020) puis poursuivie par le Gret seul.
L'équipe, appelée « pépiniériste », comprend à Ouagadougou un chef de projet, une architecte et un chargé de suivi-évaluation. Deux animateurs et animatrices sociaux sont dédiés à l'information, la mobilisation, la concertation avec les habitantes et acteurs des sites et s'assurent que toutes les activités soient accessibles à toutes et tous.
Le projet est aussi fortement appuyé par un logisticien, un comptable, un ingénieur-expert en construction et suivi par une architecte-urbaniste également responsable de projet et basée au siège du Gret : elle appuie le projet sur ses aspects contractuels, stratégiques et méthodologiques.
Plusieurs expertises ponctuelles ont renforcé l'équipe : dans le domaine de l'accessibilité aux personnes à mobilité réduite, le genre, la conception d'aire de jeux pour enfants et la gestion des aménagements et équipements.
Première étape : un diagnostic socio-urbain pour comprendre les quartiers concernés, repérer les acteurs locaux et écouter les attentes en matière d'espaces publics, culturels et sportifs.
Au début, la méfiance face à l'équipe du pépiniériste domine.
Riverain et président du comité de gestion du site sportif de Wayalguin
Les populations n'étaient pas tellement emballées parce qu'elles avaient reçu auparavant la visite d'autres structures qui n'avaient finalement pas abouti.
Avec Clarisse Convolbo, vendeuse sur le site culturel de Dassasgho, il part convaincre. Clarisse fait du porte-à-porte, insiste sur l'importance du projet pour l'image du quartier, mais confie aussi ses inquiétudes pour l'avenir de son commerce et pour les petits opérateurs locaux travaillant sur les sites.
Peu à peu, le climat change : les réunions de la pépinière attirent de plus en plus d'habitants, curieux de voir si, cette fois, les promesses se concrétiseront.
Lors du diagnostic, les animateurs du projet dialoguent sans distinction avec tous les groupes.
Cheffe de service technique de l'arrondissement 3
La pépinière a vraiment donné la parole à ces gens-là.
AMGT
On permet à tout le monde de s'asseoir à la même table : pères, mères, enfants, personnes handicapées, toutes les couches.
L'équipe s'efforce d'inclure les voix des personnes les plus vulnérables des quartiers, mais les leaders communautaires gardent souvent la main. Clarisse raconte que sa famille n'a pu s'impliquer qu'après l'aval des chefs du quartier.
La confiance s'installe lentement. Pour libérer la parole, l'équipe alterne formats et lieux : en groupe ou en tête-à-tête, à l'écrit, à l'oral, en salle ou sur site et à différentes heures de la journée et de la semaine.
Pendant deux mois, habitants de tous âges et horizons, hommes et femmes, jeunes, artisans, commerçants, artistes, sportifs, responsables religieux ou communautaires partagent leurs usages des sites, leurs problèmes, leurs attentes et leurs craintes face aux futurs équipements du PDDO2.
Rapidement, le diagnostic réalisé grâce aux ateliers fait ressortir de nombreux problèmes parfois inattendus : poussière gênant les activités sportives, absence d'éclairage nocturne, manque de coordination entre équipes sportives, manque de terrains clairement délimités, de pétanque, de fitness ou de football.
L'absence de podium et d'électricité constitue un frein majeur à l'organisation des spectacles.
Mais surtout, il révèle de fortes inégalités d'accès, touchant les femmes, les jeunes filles, les personnes âgées et celles en situation de handicap.
Présidente de l'Association Action pour un monde meilleur à Tampouy
Aux ateliers, nous avons enfin pu demander si les besoins des personnes handicapées étaient pris en compte.
Elle évoque l'absence de rampes, les terrains inadaptés aux fauteuils et souhaite que la pépinière accompagne une prise de conscience des autres usagers sur l'inclusion.
Les riverains s'interrogent : comment la pépinière et le PDDO2 vont-ils changer leur quotidien alors que les sites sont déjà occupés ?
Clarisse décrit le site culturel de Dassasgho : « Il était utilisé par une décharge, par les briquetiers, ferrailleurs et vendeuses dont celles de dolo », mais aussi pour des spectacles de danse, chants ou théâtre.
À Wayalghin, Mahamadi rappelle que les habitants ont aménagé le terrain dès 1987 pour jouer au ballon, tandis qu'à Tampouy, ils ont contribué à bâtir lycée et médiathèque dans les années 80.
Selon l'heure, chaque site mêle activités sportives, culturelles, scolaires et commerciales, qui cohabitent sans cadre formel, dans une relative harmonie, malgré quelques tensions.
Anciennement chargée de projet à l'AFD Burkina
C'est une intelligence urbaine... une agilité et une mutualisation de l'espace public à différentes heures qu'il faut préserver.
Mais pour la mairie et certains résidents, cette cohabitation doit rester temporaire car ils veulent protéger le domaine public des occupations informelles.
Clarisse se rappelle d'expulsions des vendeurs informels menées par le passé et plaide pour que vendeuses et vendeurs du quartier « puissent bénéficier d'un espace à moindre coût, 5000 francs par mois. Les riverains doivent être prioritaires dans le projet final ».
Femmes vendeuses ambulantes sur un des sites sportifs
Briquetiers travaillant sur l'un des sites
Jeunes hommes jouant au football avant les aménagements de la PUO
Kiosques de vente en bordure des sites
Lieux de socialisation des hommes autour de la pétanque
Les lycéens travaillent sur des tableaux installés sur les murs du lycée et de la médiathèque
Témoignage sur le diagnostic
Chargé d'animation au Gret
La phase de diagnostic est une étape clé pour mieux comprendre le lieu d'intervention du projet et son territoire. Dans la pépinière, nous avons permis à chacun de partager sa propre expérience de l'espace, ses propres besoins, et ses propres attentes. Ce diagnostic a révélé des forces comme la solidarité entre certains groupes, mais aussi des conflits entre usagers, le manque d'infrastructures et l'impact du climat.
En 2018-2019, le pépiniériste a mené un diagnostic participatif et une consultation des acteurs sur les 7 sites de la pépinière. Ces activités nécessitent une intermédiation sociale fine entre l'ensemble des acteurs concernés.
À titre d'exemple, un diagnostic-consultation sur un seul site s'appuie sur 1 à 2 réunions communautaires réunissant environ 50 à 80 personnes, 15 à 20 entretiens avec des personnes ressources, 5 à 6 focus groups, 1 à 2 marches exploratoires, environ 15 à 20 heures de permanence sur site et d'observation, et 1 atelier de co-conception réunissant en moyenne 65 participants.
L'équipe du projet a installé une permanence sur les sites à différents jours et heures de la semaine, afin d'aller à la rencontre des différents usagers et riverains et de leur permettre de faire remonter leurs préoccupations.
De l'ombre, une table, des chaises, des grandes cartes et des photos du site, l'installation est conviviale pour que toutes et tous puissent s'arrêter discuter rapidement en passant ou plus longuement autour d'un thé.
L'équipe du Gret a mené une cartographie sensible et collective des sites pour comprendre comment ils sont utilisés et identifier les zones appréciées, les contraintes et les tensions à prendre en compte.
L'observation a permis de repérer les habitudes des usagers, les variations de fréquentation et les éventuels conflits à différents jours et heures de la semaine. Ce travail est essentiel pour cibler les personnes et les groupes à consulter et ajuster les aménagements en fonction des contraintes existantes.
Il peut être intéressant de répéter ce dispositif à plusieurs mois ou années d'intervalle de façon à mesurer les évolutions dans les usages et dans la fréquentation des sites du projet.
L'équipe du projet a organisé plusieurs marches exploratoires réunissant des femmes et des hommes, habitants, usagers ou acteurs économiques, ainsi que toutes celles et ceux qui souhaitaient y participer.
Il s'agissait d'arpenter en groupe les sites et leurs alentours pour identifier collectivement les caractéristiques physiques des sites, les problèmes et les propositions d'améliorations.
Dans la pépinière urbaine de Ouagadougou, ces marches ont souvent eu pour objectif de faire réfléchir les participants à l'amélioration de l'accessibilité des sites et des équipements. La participation de personnes porteuses de handicap à ces marches a largement contribué à sensibiliser l'ensemble des usagers sur leurs besoins spécifiques.
Focus groupe avec des lycéens
Focus groupe avec des enfants
Focus groupe avec des hommes du quartier
Focus groupe avec des hommes porteurs de handicaps
Un focus groupe permet de réunir des personnes partageant une condition, une expérience et un intérêt commun afin de recueillir leur point de vue sur un sujet précis. L'idée est de créer un cadre d'échange où les participants se sentent à l'aise pour exprimer leurs besoins, leurs difficultés et leurs idées.
Dans le cadre de la pépinière urbaine, l'équipe du Gret a organisé plusieurs focus groupes sur chaque site réunissant par exemple les femmes riveraines, les lycéens, les personnes âgées, les hommes sportifs, les enfants, les hommes et les femmes porteurs de handicaps.
Ces discussions ont permis de mieux comprendre leurs attentes spécifiques et de repérer des enjeux parfois invisibles dans d'autres formats de discussion.
À la fin du diagnostic, les équipes sont retournées dans les différents quartiers pour présenter en assemblées générales l'ensemble des données récoltées et leurs conclusions aux riverains et personnes concernées afin de leur permettre de potentiellement corriger, compléter ou de nuancer certaines informations avant qu'elles ne soient partagées plus largement.
Cela a permis aussi aux participants de voir concrètement ce à quoi ils ont contribué.
À Tampouy, Salamata Tiendrebeogo raconte que la pépinière demande aux habitants de se regrouper par type d'usagers pour exprimer leurs priorités d'aménagement.
Et les demandes fusent : les artistes souhaitent un podium et des espaces de répétition, les jeunes hommes des terrains de basket, de handball et de volley, les jeunes femmes des aires de fitness, les établissements scolaires des sautoirs de sport.
Habitante du quartier de Tampouy
Certaines femmes veulent des toilettes, et nous avons demandé que le projet nous aide à planter des arbres pour avoir un peu d'ombre.
Bibata Bande, également riveraine, mentionne les aînés qui veulent « s'adonner à la marche ou à l'aérobic pour rester en forme ».
Les acteurs économiques, eux, désirent une place dédiée pour profiter de la fréquentation générée, mais la mairie reste réticente, préférant affirmer la vocation publique première des sites. Les riverains souhaitent aussi une clôture grillagée pour contrôler l'accès aux sites. Peu à peu, les participants comprennent que la pépinière ne pourra pas tout financer et qu'il faudra choisir.
Clarisse se souvient des ateliers participatifs : « Ils nous ont demandé de classer nos besoins par priorité ».
Hervé, chef de projet, pousse les participants à penser à la gestion concrète des équipements : « Une piscine ? D'accord. Mais qui la nettoie ? Qui surveille les enfants ? ».
Chaque groupe défend ses priorités. « Il y a eu des échanges houleux », dit Clarisse. Les compromis passent par des terrains multi-supports, des surfaces partagées ou des accès à horaires alternés.
Contraintes d'espace et de budget obligent les participants à distinguer l'essentiel du superflu. Une liste est arrêtée par site. La mairie tranche, écartant certaines idées pour manque de place, de budget ou doublon avec d'autres projets d'aménagement.
L'AMGT vient expliquer ses choix aux riverains sur les sites.
Riverain et président du comité de gestion du site sportif de Wayalguin
70 % de nos besoins ont été pris en compte.
Plus que les équipements, c'est le débat partagé entre habitants, associations et mairie qui reste une expérience rare en urbanisme à Ouagadougou.
Avant les constructions, des chantiers bénévoles rassemblent de nombreux habitants pour nettoyer les terrains. La pépinière fournit pelles, brouettes, gants pour ramasser les déchets et la mairie évacue ceux-ci et fait don de pneus. « Le fait de nous avoir débarrassé des ordures nous soulage vraiment », dit Clarisse. Les pneus sont installés par les participants pour protéger les sites des occupations spontanées en attendant les futurs aménagements.
Le projet organise à plusieurs reprises des « matérialisations » sur les sites, qui permettent aux riverains de suggérer où placer les futurs aménagements en plaçant des pierres ou en les traçant au sol. Avec l'aide d'un architecte de Cabanon Vertical, jeunes et artisans construisent du mobilier urbain et de la signalétique en pneus, bois et métal, annonçant à tous que les transformations commencent.
Campagne communautaire de nettoyage et de délimitation des sites
Première matérialisation sur les sites annonçant les futures transformations
Les aménagements sont réalisés par des artisans locaux et suivis par la pépinière et les techniciens de l'AMGT. Certains équipements, comme les aires de jeux pour enfants, n'avaient aucun précédent à Ouagadougou.
Pour les concevoir, la pépinière fait appel à Gilles Noé, spécialiste français des aires de jeux, venu bénévolement former les artisans sur site en s'appuyant sur leur savoir-faire et les matériaux disponibles.
Métallurgiste de l'atelier La Grâce
On n'avait jamais fait ce genre de formation… Gilles travaille au millimètre près.
Malgré les difficultés techniques d'un travail exigeant et des fonds qu'il estime insuffisants, Gérard exprime sa fierté devant les réalisations : aires de jeux, salle démontable, salle de lecture. Il note de nouveaux débouchés : « Des jardins d'enfants, des garderies nous ont contactés pour reproduire les mêmes choses ».
Au départ, la pépinière prévoyait d'intervenir sur 3 ou 4 sites. Mais la mairie insiste, pour en couvrir 7, avec les mêmes moyens, en optant pour des équipements peu chers, rapides à installer, parfois démontables, et prévus pour durer 1 ou 2 ans, le temps que le PDDO2 prenne le relais.
Gret
Mettre des choses et ensuite les enlever paraît absurde dans des quartiers déjà sous-équipés.
Cette nature temporaire est pourtant mal comprise. La mairie, elle, ne permet pas à la pépinière de construire du durable car elle craint que ces installations n'entravent les futurs chantiers du PDDO2, dont les délais s'allongent.
Avec le temps, ce qui devait être transitoire devient objet de frustration car on ne voit pas arriver ce qui était promis derrière. Les équipements s'usent vite sous l'afflux d'usagers et les pluies. Malgré les réparations, l'incompréhension persiste et l'image du projet, comme celle des institutions impliquées, s'en trouve parfois ternie.
Terrains multisports et handisports
Aire de jeux pour enfants
Podium démontable
Toilettes inclusives
Aire de fitness
Terrain de pétanque
Mobilier urbain, tribunes
Mobilier urbain, bancs conçus par les artisans locaux
Mobilier urbain, poubelles
Campagne de végétalisation des sites
Rénovation des locaux de la médiathèque
Extension de la médiathèque, construction d'une aire ombragée
Extension de la médiathèque : construction d'une salle de lecture et d'étude temporaire
Salle de répétition et de spectacle démontable
Salle de répétition et de spectacle démontable
Témoignage sur la co-conception
Architecte-urbaniste et chargé du suivi-évaluation au Gret
La co-conception, c'est une méthode de travail collectif qui implique celles et ceux qui vont utiliser ou gérer l'espace tels que des habitants, usagers, associations, acteurs locaux pour décider ensemble de son futur aménagement. C'est un processus qui permet de confronter les points de vue et de chercher des solutions partagées, même quand les intérêts sont divergents. Le rôle de l'architecte, dans ce cadre, ce n'est pas de décider, mais d'accompagner : poser les bonnes questions, expliquer les contraintes techniques ou budgétaires, et rendre les choix compréhensibles pour tous.
En s'appuyant sur le diagnostic, la pépinière a pu faire remonter la plupart des demandes des habitants et des usagers pour l'aménagement des 7 sites sportifs et culturels.
Réunissant à chaque fois des représentants des différents groupes d'usagers et de la Mairie, la pépinière a alors organisé pour chaque site des ateliers de co-conception et parfois, des ateliers de co-conception de détails.
Les ateliers de co-conception font réfléchir les participants à deux types de questions : quels sont les usages à prioriser dans les sites ou des parties du site ? Comment concevoir les aménagements en termes de design, d'orientation, de matériaux ?
Par exemple, si on choisit de construire une aire de jeux sur une partie du site, il faudra ensuite déterminer pour quelle classe d'âge seront conçus les modules de jeu, si on préfère une balançoire, une tour pour grimper ou un toboggan, et déterminer si on privilégie le bois ou le métal pour les structures.
Pour discuter de ces éléments, la pépinière a organisé des sessions de co-conception de détails avec les enfants et leurs parents et fait travailler les participants sur des grands plans ou directement sur les sites.
La pépinière a expérimenté plusieurs approches pour amener les participants à collectivement prioriser les besoins exprimés en tenant compte des contraintes du projet (budget, espace, délais).
On commençait le plus souvent par une mise en dialogue des différents points de vue, en mettant en avant ceux de groupes souvent moins entendus tels que les femmes, les enfants, les personnes âgées ou porteuses de handicaps.
Ensuite on faisait réfléchir les participants sur les compatibilités ou tensions entre les usages souhaités, ainsi qu'à la gestion quotidienne des aménagements envisagés.
On procède à certains arbitrages par des discussions ou en utilisant certains outils aidant les participants à faire la synthèse des préférences individuelles et collectives.
Tout au long du processus de co-conception et de construction, le Gret s'est concentré sur la mise en place des conditions de dialogue et de mécanismes de redevabilité entre les actrices et acteurs impliqués à différents niveaux du projet.
Par exemple, l'organisation systématique d'assemblées générales à l'issue des ateliers de co-conception a permis aux usagers de contester, confirmer ou compléter les propositions élaborées par leurs représentants au sein des ateliers, avant qu'elles ne soient remontées à la Mairie.
La maîtrise d'ouvrage (AMGT) qui était présente à toutes les étapes, avait le rôle de décideur final sur les aménagements à construire, et elle est également venue expliquer ses choix en assemblée générale sur les sites.
La pépinière a fait le choix de lancer des petits contrats de travaux accessibles aux petits artisans et entreprises des quartiers, tout en prévoyant leur accompagnement technique.
Certains équipements, comme les aires de jeux, les salles de spectacle démontables ou la salle de lecture pour enfants, étaient peu courants voire inédits à Ouagadougou. Leur conception s'est appuyée sur des savoir-faire locaux, enrichis d'innovations techniques pour répondre aux exigences de sécurité, de modularité et d'usage.
Par exemple, les salles de spectacle sont constituées de barres d'acier emboîtables, sans vis ni outils, facilitant leur montage et démontage. La salle de lecture a été construite sans fondation, en métal plié et panneaux de bois adaptés aux jeunes enfants.
Ces ouvrages ont été réalisés avec l'appui de Gilles Noé, expert en aires de jeux, qui a aussi formé les artisans et les agents de la mairie à l'entretien des modules. L'architecte franco-malgache Anja Rasolondraibe a également contribué à la conception de la salle de lecture.
Enfin, les artisans ont été sensibilisés à l'accessibilité, et certaines associations ont été invitées à vérifier la conformité des équipements pour les personnes handicapées.
État des équipements après les pluies
Renforcement des structures
Réparations effectuées
Équipements renforcés
Initialement conçus pour durer 1,5 à 2 ans, les équipements frugaux de la pépinière sont restés en place bien au-delà, en raison du retard du PDDO2. Leur exposition prolongée, combinée à l'absence de drainage sur les sites, a entraîné des dégradations, notamment pendant la saison des pluies.
Très sollicités, faute d'alternatives proches, ces équipements n'ont pas été entretenus dans un premier temps, ni par la mairie ni par les Coges, faute de clarification sur les rôles.
La pépinière est intervenue à plusieurs reprises pour réparer ou adapter ce qui pouvait l'être : renforts métalliques, remplacement des bancs, rechargement des sols. Certains modules devenus dangereux ont été démontés.
Cette situation a conduit à initier un dialogue avec les acteurs locaux pour mieux répartir les responsabilités d'entretien et de maintenance à l'avenir.
À peine placés, les équipements provisoires font mouche.
Habitante du quartier de Tampouy
L'aspect du quartier a complètement changé.
Les premières réalisations, comme les aires de jeux pour enfants, ont « boosté l'implication et la participation de tous » dans les activités de la pépinière, renchérit Mahamadi.
En fédérant les associations locales, les artistes, le milieu éducatif, les riverains dans les quartiers concernés, la pépinière cherche à encourager l'appropriation des sites par le plus grand nombre et à encourager différents usages pour voir ce qui fonctionne. Cap ensuite à l'AMGT, qui récupère ces leçons pour le PDDO2.
Pour collaborer avec les acteurs locaux, il faut déjà les connaître. Au diagnostic, la pépinière découvre l'absence de répertoire associatif dans les arrondissements.
Via la radio municipale et le bouche à oreille, elle invite les associations des quartiers à se signaler pour participer à un appel à projets associatifs.
Service technique de la Mairie
Cet inventaire a permis aux associations de s'approcher de la Mairie et nouer des partenariats.
On découvrit alors que dans les quartiers du projet, les associations non enregistrées sont plus nombreuses et plus dynamiques que les associations formelles.
Malgré les réticences initiales du Maire qui craint les accusations de clientélisme, les collectifs informels obtiennent le droit d'accéder à l'appel à projets. Pour elles, c'est l'occasion de proposer des actions locales et d'accroître leur visibilité.
La pépinière élabore les règles d'un fonds d'appui avec les associations qui ont répondu à un premier appel à idées dans les domaines du sport, de la culture ou de l'embellissement des sites. En septembre 2019, sur 50 propositions à l'appel à projet, 27 microprojets culturels et sportifs sont sélectionnés. Ils sont portés par des riverains ou des associations accompagnés par la pépinière.
Désirée raconte avoir été soutenue par la pépinière pour créer une équipe féminine de handibasket. Bibata Bande Sanfo, de l'association Sampa-wendé, a pu organiser des compétitions de danse traditionnelle sur les sites qui impliquent les enfants du quartier.
Très appréciés, ces micro-projets rassemblent des centaines de personnes et attirent de nouveaux usagers sur les sites. Sur six ans, la pépinière financera 89 microprojets culturels et sportifs, élargissant progressivement les thématiques aux questions de genre et de protection de l'environnement.
Formations, permanences, aide aux démarches administratives et financières : au-delà de l'appui financier, les associations sont suivies pas à pas par les animateurs du projet. Malgré le faible montant des appuis financiers, le dispositif contribue à animer les sites de la pépinière en touchant les très petites associations. Bibata raconte : « Nous avons eu le soutien de la pépinière pour l'organisation, le montage du projet, et même pour avoir le podium ».
Après la sélection, certains projets sont ajustés pour tenir dans le budget de la pépinière et exploiter les ressources existantes tout en mobilisant les riverains.
Directeur municipal de la Culture
Ce dispositif a aussi préparé tout le monde à accueillir les équipements et à améliorer leur acceptation dans les quartiers.
Riverain et président du comité de gestion
Avant, tout le monde ignorait Wayalghin C, maintenant le site est bondé.
La pépinière, avec la Mairie et les comités de gestion, a multiplié concerts et tournois pour faire connaître le projet dans toute la ville. Peu à peu les sites sportifs attirent jusqu'à 2000 usagers par semaine.
Les enfants de Clarisse font du « sport chaque soir après l'école ». À Dassasgho, de nouveaux usages apparaissent : tissage, fabrication de perles et bracelets pendant que d'autres jouent à la pétanque. « Nous faisons souvent ici nos répétitions de danse », raconte Salamata.
À la médiathèque, la fréquentation bondit entre 2020 et 2022 à la suite des rénovations apportées par le projet et des événements organisés. Mais en 2023, l'arrivée des travaux du PDDO2 vient menacer cet élan, si bien qu'on demande à la pépinière de trouver d'autres lieux afin que les riverains puissent continuer leurs activités le temps des travaux.
Pour préserver les activités, la pépinière transfère certains équipements sur des sites relais proches, comme les lycées municipaux ainsi que d'autres sites publics de la ville non concernés par le PDDO2 et accessibles à pied pour les habitants concernés. Les aménagements sommaires réalisés sur ces sites par la pépinière, pour les équiper ou les adapter aux équipes handisports, resteront dans le domaine public.
Coach de fitness
Ce sont les mêmes personnes qui fréquentaient le site à Dassasgho qui viennent sur Bangr-Wéogo. Le parc est déjà un lieu de sport. Les gens viennent marcher et ça nous permet de recruter quelques personnes pour les cours.
Tous les usages ne peuvent être transférés mais la priorité est donnée aux jeunes pour poursuivre certaines activités. Une solution temporaire dans un projet lui-même transitoire, en attendant de retrouver les sites du PDDO2.
Le fonds d'appui aux initiatives
Chef de projet de la pépinière urbaine
Le fonds d'appui a été un instrument clé d'équipe. Il a permis de faire émerger une grande variété d'initiatives comme des animations, aménagements, végétalisation, activités culturelles, sportives ou artisanales, qui ont fait vivre les sites de la pépinière, notamment pendant les vacances scolaires. Ces initiatives ont renforcé le rôle culturel et sportif de ces lieux aux yeux de la population, mais elles ont aussi remis en question la conception initiale des équipements du PDDO2, en révélant des besoins qui n'avaient pas encore été pris en compte.
Le fonds d'appui de la PUO est un dispositif de financement en cascade destiné à soutenir des micro-projets portés par des acteurs de la société civile dans les quartiers concernés.
Un premier appel à idées a été diffusé à la radio et via les animateurs. Le Gret a constitué un comité de sélection et co-construit les lignes directrices ainsi que les critères, communiqués en amont à tous les porteurs.
Les animateurs ont assuré des permanences pour appuyer la rédaction et la budgétisation des propositions. Cette démarche a permis d'instaurer de la transparence et de limiter les incompréhensions sur les décisions finales.
Une fois les porteurs de projet sélectionnés, chaque structure a bénéficié de formations sur trois sujets : comment rendre leurs activités plus inclusives, comment réaliser des mini-vidéos, et comment produire des pièces comptables de bonne qualité.
Une fois les projets lancés, un accompagnement personnalisé d'appui et de suivi a été mis en place : communication sur les événements, mise à disposition de matériel (sono, podium démontable) et appui logistique selon les besoins.
Au total, sur six ans, plusieurs centaines de personnes ont été formées et soutenues dans la mise en œuvre d'initiatives locales, renforçant les capacités des acteurs associatifs et leur ancrage dans les quartiers du projet.
Renaissance Club Karaté Do
Novembre 2019 · Tampouy CD · 318 participants
Compétition de karaté-dō qui a regroupé 6 équipes de 18 joueurs chacune. La compétition s'est déroulée sur 3 jours, soldée par la victoire de l'équipe de karaté-dō de Sigh-Noghin.
Jeunesse Action et Solidarité Afrique
Septembre 2021 · Tampouy camps · 800 participants
Le Maracana consiste à jouer sur un terrain de football réduit avec des mini poteaux sans gardien de but. 16 équipes de jeunes de l'arrondissement se sont affrontées lors de ce tournoi cette nuit-là.
Association Tegwendé
Février 2022 · Tampouy camps CRS · 50 participants
Compétition de handibasket qui a regroupé 4 équipes de handibasket. Les 2 finalistes ont reçu des prix composés de maillots, ballons etc.
Association Eco génération
Juin 2021 · Wayalghin · 600 participants
Tournoi de football qui a rassemblé 11 équipes de jeunes de 12 à 22 ans de l'arrondissement 5 de la commune de Ouagadougou. Le tournoi a permis un brassage dans le quartier et contribue à la cohésion sociale.
Ka Yiri
Mai 2021 · Site du Reemdoogo 2 · 500 participants
20 jeunes ont été formés à la récupération et la création des objets d'arts. Une fois formés, les œuvres qu'ils ont fabriquées ont été exposées sur le site de Reemdoogo 2 pendant 2 semaines.
Association pour la promotion de l'art et de l'artisanat
Mai 2021 · Médiathèque de Tampouy · 300+ participants
Le projet a deux composantes : d'une part la peinture avec les plus jeunes pour stimuler l'esprit créatif et artistique, et d'autre part une formation à la saponification avec les femmes encouragées à utiliser des ingrédients locaux.
Association art vive
Mai 2021 · Site du Reemdoogo 2 · 400+ participants
Il s'agit de valoriser la danse dodo qui est une danse locale à travers des spectacles, des présentations et des contes. Cette activité a vu la participation des notables du quartier Dassasgho et du représentant du Naaba de Dassasgho.
Association Baark'art culture
Mai 2021 · Médiathèque de Tampouy · 150 participants
Il s'agissait de sensibiliser le public à travers le théâtre sur le respect des droits des femmes dans le foyer ainsi que dans le monde professionnel.
Atelier Boussaaart
Novembre 2019 · Médiathèque de Tampouy · 67 participants
Il s'agissait d'initier les jeunes du quartier aux métiers des beaux-arts à travers la formation en peinture et en graphisme. 15 enfants ont été formés et plus de 19 tableaux ont été confectionnés.
Dès la conception des aménagements, une question s'impose : qui veillera sur ces espaces et comment éviter leur dégradation rapide ?
Directeur des Sports et des Loisirs (DSL) de la commune
Il y a des gens qui ne demandent même pas, ils vont sur un terrain de sport, ils voient les riverains mais ils vont l'occuper quand même et ce sont des problèmes qui nous reviennent.
Pour prévenir ces difficultés, la pépinière propose, dès le début du projet, la création de comités de gestion (CoGes) composés des usagers des sites et riverains afin de les associer directement à la gestion quotidienne des équipements.
Cette forme de gestion existe à Ouagadougou pour des écoles ou des centres de santé, mais pas encore pour des espaces publics de loisirs.
Sur chaque site, usagers et riverains forment librement leur comité de gestion via des élections ou des désignations. À Wayalghin, c'est Mahamadi Bagagnan qui est élu président, fort de son engagement dans la vie sportive du quartier.
Ailleurs, les équilibres se dessinent autrement : ici les postes-clés sont élus mais les autres rôles reviennent aux figures influentes du voisinage pour leur capacité à dialoguer avec l'administration. Là, les postes sont confiés aux usagers réguliers, comme les entraîneurs.
À la médiathèque, le CoGes est constitué des femmes et des hommes qui contribuent à faire vivre les lieux : étudiants et enseignants, intellectuels et travailleurs.
La pépinière accompagne ces comités selon leur choix de constitution et sur des questions pratiques liées aux accès, aux conflits d'usage et à l'organisation interne.
Mais l'enthousiasme des débuts peut retomber vite. Gérer un CoGes demande du temps, du bénévolat et la proximité du site. Certains comités passent de 30 à seulement 6 membres actifs en quelques mois.
Progressivement, des ajustements s'opèrent. À Remdoogoo, les notables sont remplacés par des acteurs culturels plus actifs et capables d'animer les sites.
Sur le parcours sportif, des coachs sportifs et des riverains remplacent des membres du CoGes peu présents pour gérer efficacement l'aire de fitness et assurer la transparence financière de la gestion.
La pépinière accompagne ces évolutions.
Sur le terrain, la gestion s'invente au quotidien. Pour canaliser l'affluence des enfants sur les aires de jeux, on installe des clôtures et un droit d'entrée symbolique. Après échanges entre riverains et CoGes, on opte pour une ouverture à horaires fixes, en dehors des heures d'école et assurée par des membres du CoGes.
À Dassasgho, Clarisse Convolbo tient un kiosque à thé aménagé par la pépinière près d'une aire de jeux. En échange d'un petit espace commercial, elle veille sur les enfants et la discipline. Ailleurs, les habitants assurent la surveillance de sites. « Nous empêchons les gens de déverser des ordures ou d'escalader les murs », raconte Bibata.
Président du comité de gestion
Après chaque saison des pluies, nous enlevons herbes et ordures pour rendre le site agréable.
Riveraine
Les matins, avec les femmes du quartier, nous balayons pour que les jeunes jouent, et arrosons les arbres devant nos cours.
La pépinière facilite aussi l'installation de compteurs prépayés pour l'éclairage nocturne, financé par les cotisations des équipes sportives. Ces petites solutions, testées pas à pas, permettent aux équipements de fonctionner dans la durée.
Les équipements se dégradent vite et ont besoin de petites réparations régulières
Les sites doivent être surveillés pour prévenir les mauvais usages et la dégradation
L'accès aux sites pour les grands événements sportifs, culturels ou communautaires doit être régulé
Des plannings doivent être développés pour permettre à toutes les équipes d'accéder aux terrains
Les femmes s'organisent pour nettoyer les sites régulièrement
Les femmes s'organisent pour nettoyer les sites régulièrement
Des campagnes de nettoyage des sites et de leurs environnements sont organisées régulièrement
Installation de grillage et de droits d'entrée pour les aires de jeux et l'aire de fitness
Un kiosque à thé est installé par la PUO à côté des aires de jeux pour qu'une personne puisse surveiller les enfants
Mais les CoGes peinent à s'imposer, notamment vis-à-vis d'autres usagers ou de la Mairie qui organise parfois des événements sur les sites sans les consulter.
Directeur des Sports et des Loisirs
Certains CoGes voulaient complètement remplacer l'autorité.
La pépinière et la DSL organisent alors des échanges d'expérience entre CoGes pour harmoniser les pratiques ou les règles de fonctionnement afin de pouvoir les communiquer plus clairement aux usagers.
À la demande des CoGes, la pépinière organise des formations : gestion des conflits, secourisme, entretien et anime un dialogue entre CoGes et cadres municipaux pour améliorer leur collaboration dans la gestion des sites.
Directeur des sports et des loisirs de la Mairie de Ouagadougou
Quand on responsabilise les riverains, ils prennent conscience et gèrent bien leur chose.
Il veut généraliser ce modèle, faute de moyens municipaux pour gérer tous les sites sportifs. Son souhait : que les CoGes aident aussi à repérer les besoins, à défendre le financement du sport et des loisirs et à éviter les occupations informelles non souhaitées par les autorités. « Aujourd'hui, les riverains nous alertent dès qu'un kiosque ou un maquis veut s'installer », précise-t-il.
Convaincue par l'expérience, la Mairie sollicite la pépinière pour élaborer un statut municipal des CoGes, destiné à s'appliquer à long terme à tous les sites sportifs de la ville.
Pendant deux ans, le Gret anime une large consultation réunissant des représentants de 22 sites sportifs pour définir les règles de fonctionnement et de responsabilité des CoGes.
Un arrêté municipal est rédigé, aujourd'hui en attente de validation (Octobre 2025).
Le financement des CoGes et les contours de leurs responsabilités suscitent de vifs débats.
La Mairie refuse de pérenniser la « petite caisse » testée par la pépinière, permettant aux CoGes d'utiliser pour de petites réparations, les fonds collectés lors d'événements tenus sur les sites. Elle veut garder le contrôle des fonds publics.
Les CoGes, eux, redoutent la lenteur des décaissements municipaux pour toutes les petites dépenses mensuelles. Un compromis émerge : un budget annuel créé et géré par les CoGes, sous supervision des mairies d'arrondissement.
Les coachs sportifs municipaux redoutent aussi de perdre leur rôle central au profit des CoGes dans la gestion des usages de l'occupation des sites sportifs.
La pépinière souligne pourtant que les CoGes, composés de riverains, sont les mieux placés pour prévenir les conflits d'usage. Elle propose alors aux coachs de faire évoluer leur fonction vers une posture d'accompagnement auprès des CoGes, tout en leur cédant la responsabilité de gérer les accès et les occupations.
Ces ajustements, portés par la DSL, nécessiteront formation et accompagnement des intéressés pour faire évoluer leurs pratiques, une fois l'arrêté municipal validé.
La place des femmes au sein des CoGes, et plus largement au sein des sites sportifs et culturels, est très limitée. Sur la majorité des sites culturels et sportifs de la pépinière, les femmes sont 2 à 3 fois moins présentes que les hommes.
Au sein des CoGes, elles sont 1 ou 2 pour une vingtaine de membres, et rarement à des postes clés.
Une étude sur le genre commandée par la pépinière révèle des freins socioculturels et le poids des habitudes masculines : priorisation des sports d'hommes, réunions programmées à la dernière minute, refus de leur confier des postes clés au sein des CoGes.
Trésorière du CoGes de Tampouy camps CRS
Les hommes ne nous considéraient pas.
Peu à peu, des initiatives émergent, comme les séances de fitness animées par la coach Julie Sehon : « Au début, nous étions quelques femmes ; maintenant, les mamans sont accros ». Le CoGes de Camps CRS, avec ses sept femmes, reste pourtant une exception.
Pour corriger ces déséquilibres, la pépinière propose quotas, horaires de réunion adaptés et postes clés réservés aux femmes.
Association pour un monde meilleur
On n'a pas d'information sur les réunions des CoGes.
D'autres publics marginalisés, comme les associations de personnes vivant avec un handicap, peinent aussi à trouver leur place. Désirée appelle à une ouverture au-delà des seules voix masculines et valides.
La gestion des sites
Chef de projet de la pépinière urbaine de Ouagadougou
Dans beaucoup de projets, la gestion arrive après coup, une fois les équipements construits. Nous, avec la Pépinière, on a décidé de la mettre sur la table dès le départ, dès la co-conception. Parce que gérer un site, ce n'est pas seulement l'ouvrir au public : c'est prévoir son entretien régulier, organiser la surveillance, penser aux réparations quand les équipements se dégradent, et définir des règles claires d'accès et d'usage. C'est ce travail en amont qui permet d'éviter que les aménagements ne s'abîment ou ne soient abandonnés.
Pour la pépinière urbaine de Ouagadougou, la municipalité a fait le choix de proposer une gestion mixte où elle délègue une partie de son rôle et de ses responsabilités aux comités de gestion.
La pépinière a facilité un dialogue entre les différentes parties prenantes pour déterminer quelle était cette répartition. Il a fallu notamment définir quel soutien était attendu de la municipalité pour permettre aux CoGes de remplir leur rôle et quelles étaient les compétences à renforcer au niveau des CoGes.
Convaincue par l'expérience de la pépinière, la Mairie de Ouagadougou a demandé à la PUO de mener une concertation avec les CoGes des sites du projet et de ceux s'étant constitués autour d'autres sites sportifs de la ville pour formaliser et consolider leur statut dans la gouvernance municipale.
Au cours d'un processus participatif de 2 ans, les membres représentants des CoGes et la Direction des Sports et Loisirs de la Municipalité ont défini une composition des CoGes, des modes de désignation des membres, de leurs règles de fonctionnement et élaboré un modèle de cahier des charges définissant les modalités d'entretien et d'accès aux équipements sportifs.
La consultation a aussi permis de rédiger un projet d'arrêté municipal donnant reconnaissance aux CoGes comme organe reconnu de gestion des sites.
Lancée en 2018, la pépinière aura duré 6 ans et traversé le COVID-19, deux coups d'État ayant entraîné la dissolution des municipalités, leur remplacement par des délégations spéciales et la suspension partielle de l'aide française au PDDO2.
Après chaque crise, la pépinière a redémarré, elle a ravivé l'intérêt des acteurs institutionnels aux démarches participatives. Elle s'est adaptée aux nouvelles contraintes et aux attentes exprimées.
Dans un contexte de crise où la participation citoyenne est de plus en plus contrainte et où les financements de l'aide au développement se raréfient, une question demeure : que restera-t-il de cette parenthèse d'expérimentation collective ?
Malgré ces incertitudes, les traces laissées par la pépinière se mesurent déjà. La pépinière a permis d'expérimenter et de préfigurer les futurs sites sportifs et culturels du PDDO2.
Mais aujourd'hui en 2025, alors que les sites sportifs sont en travaux, les usagers s'interrogent : ces aménagements répondront-ils vraiment à leurs besoins ?
Après plusieurs années d'expérimentation, la pépinière a organisé des bilans avec l'ensemble des acteurs des quartiers et développé avec eux des propositions concrètes pour le PDDO2.
AMGT
Certains souhaits n'étaient pas réalisables techniquement ou financièrement, mais globalement, la pépinière a bien eu un impact, permettant d'ajuster les équipements vers des usages plus pertinents et inclusifs.
Pour lui, elle aura aussi permis d'ancrer l'idée que les équipements doivent être pensés avec et pour les habitants, ce qui marque déjà une rupture avec les pratiques habituelles.
Chez ces derniers, l'attente est palpable. Bibata reste prudente : « J'attends de voir les aménagements définitifs pour mieux apporter mes appréciations ».
Côté culturel, l'inquiétude domine : avec l'inflation post-covid et les retards accumulés, les deux centres culturels proposés par la Mairie ne pourront peut-être pas voir le jour.
Pour beaucoup d'habitants, la pépinière a été une première expérience marquante de projet urbain participatif, leur permettant de voir une partie de leurs besoins se concrétiser. « La pépinière nous a écoutés », résume Clarisse Convolbo.
Ces aménagements temporaires et leurs animations régulières ont profondément changé la vie des quartiers. Ils ont accru la fréquentation des sites et permis à chacun et chacune d'expérimenter de nouveaux usages de l'espace public.
Côté Mairie, la démarche a provoqué un déclic.
AMGT
Cela a changé nos méthodes d'approche. Il faut promouvoir cette expérience dans d'autres projets.
Yassia explique que son équipe s'est inspirée de la pépinière pour conduire une concertation ailleurs à Ouagadougou : « Ça nous a ouvert pas mal de portes ».
La valeur de la pépinière dépasse ses aménagements : elle réside dans l'apprentissage collectif d'une collaboration entre habitantes, associations et institutions.
La pépinière a aussi renforcé la cohésion sociale dans les quartiers. Mahamadi Bagagnan témoigne : « Avant, c'était impossible de voir les habitants du quartier se réunir ».
Les CoGes sont devenus des interlocuteurs reconnus par la Mairie, facilitant la communication sur d'autres projets.
Élie remarque : « Aujourd'hui, quand j'arrive dans les quartiers comme Tampouy, les CoGes sont des relais ». Il raconte aussi que les populations locales ont gagné en confiance pour interpeller la mairie sur leurs inquiétudes et désaccords.
Les riverains souhaitent voir perdurer ces espaces de dialogue après la pépinière.
Le projet a suscité beaucoup d'espoir, dynamisant la demande sans nécessairement avoir de prise directe sur la réalisation des équipements définitifs.
Clarisse s'inquiète pour les commerçants informels du quartier : « Ceux qui vont prendre la relève tiendront-ils compte de nous ? Ne vont-ils pas nous expulser du site ? »
La reconnaissance officielle des CoGes serait un signal fort d'ouverture de la Mairie pour laisser plus de place aux habitants, mais Yassia sait que rien n'est encore acquis.
Direction municipale des sports et des loisirs
On va se battre pour que ce que la pépinière a semé puisse grandir.
En 2024, l'Agence municipale des Grands Travaux a souhaité faire connaître l'expérience de la pépinière auprès d'autres municipalités du Burkina Faso.
Des villes comme Bobo-Dioulasso, Banfora ou Kaya manifestent le même intérêt, tout en regrettant le manque de moyens pour mener de véritables démarches participatives et inclusives.
Présidente de l'Association pour un monde meilleur
L'inclusion a un coût. Si on veut qu'elle soit réelle, il faut des normes, des budgets sensibles et la participation de toutes et tous.
À toutes les échelles de la ville, l'inclusion demande du temps, des équipes, de l'écoute, du dialogue et de l'adaptation.
En 6 ans, l'expérience ouagalaise, relayée à travers le programme d'animation du réseau des pépinières urbaines, a aussi inspiré d'autres pépinières comme à Dakar, Antananarivo ou Nairobi.
Clôturée en décembre 2024, la pépinière a ouvert une brèche, donnant à voir une autre façon de construire la ville, plus participative, inclusive et reproductible, même dans un contexte de contraintes fortes.
Son héritage dépendra de ce qu'il en restera : des usages consolidés dans le PDDO2, des espaces de dialogue vivants dans les quartiers et avec la mairie, et des pratiques institutionnelles en évolution.
Conclusion - L'inspiration du PDDO2
Responsable d'animation et chargée de l'accessibilité et d'inclusion du Gret
Au début du projet, avec l'appui de Handicap International on a vraiment appris à développer une approche attentive aux besoins de tous les habitants, y compris des personnes en situation de handicap. Ça voulait dire choisir des lieux de réunion accessibles, penser aux défraiements des accompagnants pour les personnes à mobilité réduite. On a adapté certains terrains de sport pour l'handisport, et des joueurs ont même été équipés avec des fauteuils sur mesure. Ça a marqué les esprits ! Les équipes techniques de l'AMGT, qui travaillent sur les équipements définitifs du PDDO2, ont été directement sensibilisées à ces enjeux. Aujourd'hui, je crois qu'ils ont intégré cette dimension beaucoup plus naturellement dans leur manière de concevoir les aménagements.
Plusieurs années après le démarrage du projet, l'équipe de la PUO a refait un diagnostic participatif, comme des marches exploratoires, ici sur le site du Remdoogo 2
Réalisation d'entretiens de personnes ressources
Observation des sites, des activités et des conflits d'usage
Questionnements sur une meilleure prise en compte de l'accessibilité, au sein des équipements définitifs
De nouveaux ateliers de priorisation et des assemblées générales sont organisés sur les besoins à long terme à intégrer aux équipements définitifs
Un travail de spatialisation des besoins prioritaires sur les sites, ici Tampouy CD
Et une spatialisation des besoins et des attentions particulières en matière d'accessibilité à l'intention des équipes de maîtrise d'œuvre du PDDO2
Les plans des aménagements définitifs ont été développés en intégrant certaines recommandations issues de la pépinière
Au bout de plusieurs années d'expérimentation sur les sites culturels et sportifs, la pépinière est retournée faire un diagnostic avec les personnes habitantes et usagères des sites pour leur demander : qu'avez-vous pensé des aménagements et des activités menées par le projet ? Que souhaiteriez-vous voir perdurer au sein des équipements définitifs du PDDO2 ?
À partir d'entretiens, de documentaires photos, de focus groups, d'ateliers collectifs, la pépinière a fait émerger une série de recommandations sur des aménagements, l'accessibilité et la gestion des sites qui ont été reversés à l'équipe du PDDO2 pour alimenter la conception des équipements culturels et sportifs.
La pépinière a participé au comité de suivi chargé d'accompagner les études techniques des futurs équipements sportifs du PDDO2, afin de veiller à ce que ses recommandations y soient prises en compte.
Celles portant sur la gestion ont été largement appropriées par la Mairie, traduisant une réelle volonté institutionnelle de capitaliser sur l'expérience.
En revanche, les propositions issues des habitants concernant l'aménagement des sites sportifs n'ont été intégrées que partiellement, les équipes de conception du PDDO2 étant soumises à une forte pression pour livrer rapidement les équipements.
Au fil de six années d'expérimentations, la pépinière de Ouagadougou s'est affirmée comme un véritable laboratoire d'approches participatives dans le contexte burkinabè et, plus largement, africain.
Elle a œuvré en continu pour sensibiliser un large éventail d'acteurs nationaux et internationaux, en les associant à ses activités tels que les ateliers de co-conception, la mise en œuvre de fonds d'appui associatif, l'intermédiation sociale, et en diffusant ses outils et méthodes.
Elle a par exemple organisé un atelier de sensibilisation à destination des mairies de villes secondaires au Burkina Faso et pris part à plusieurs échanges et séminaires du réseau des Pépinières urbaines.
Cette expérience a ouvert la voie à d'autres démarches similaires en Afrique et demeure une référence pour les acteurs intéressés par des pratiques urbaines plus inclusives et participatives.
À partir d'entretiens menés par Evelyne Dodebzanga, Eloge Noubayamal et Denis Kaboré
Toutes les photos ou les documents graphiques sont ceux du Gret sauf autrement précisé.
Projet pépinière urbaine : la pratique participative et inclusive de la ville (2022)